Les Mots chantant

Les Mots chantant

Elle, du recueil Consciences

Elle

 

Elle était là, dans sa chambre, assise sur son lit et se demander pourquoi l’ennui avait-il prit sa vie. Les mains posées sur son nuage et les yeux plongés dans le vide. Elle n’était déjà plus de notre monde. Ce jour là, je me suis dit que rien ne nous la ramènerait. Rien. Elle est née à Marseille, et elle y a grandi. Elle aimait dire qu’elle était du monde, pas spécialement marseillaise, pas spécialement française mais tout simplement humaine. Nous nous sommes connues quasiment à la naissance et nous sommes devenues inséparables. Elle aimait les gens, mais ne voulait pas le montrer. Toujours jouer la discrétion, la timidité. Elle ne voulait pas qu’on la remarque. Elle ne voulait pas qu’on la découvre. Vous savez j’ai tout fait pour la retenir. Tout. Mais que voulez-vous ?  

Tout à commencer le lendemain des ses dix-huit ans, elle n’a pas supporté la réalité, le fait de se retrouver tout d’un coup adulte avec des responsabilités. Elle qui avait toujours été surprotégée, qui vivait son enfance comme l’on vit un rêve, un conte de fées. La vie lui est tombée dessus comme un rocher qui tombe d’une montagne. Les problèmes ont commencé, elle a essayé au début de les résoudre, d’y faire face, mais avec le temps d’autres problèmes sont venus, et encore d’autres, et toujours d’autres. Elle gardait tout pour elle. Personne n’a jamais rien su. Elle a toujours su cacher son malaise aux autres. Tout le monde pensait qu’elle était parfaitement heureuse… tu parles !

Aujourd’hui, elle ne peut plus rien cacher. Il n’y a que ses parents qui lui rendent visite, nos soi-disant amis de toujours l’ignorent depuis qu’elle est ici. Sa chambre est assez grande le décor est lui assez laid, mais ça a l’air confortable. Elle reste assise au milieu de son lit, elle fixe le sol, jamais elle ne détourne son regard du sol. Chaque matin et chaque soir, une infirmière lui apporte ses médicaments. Comme elle sait qu’elle ne les prendra  pas elle reste avec elle, et la force à les avaler. Et tous les jours c’est ainsi, la journée se passe sans qu’elle ne bouge, elle se nourrit difficilement et bien souvent elle fait sur elle. Parfois j’ai l’impression qu’elle est redevenue un bébé. Il faut la nourrir, la laver, l’emmener aux toilettes sinon…

C’est difficile de la voir ainsi. Parfois j’aimerai crier, pour qu’elle se réveille, mais je n’en ai pas la force. Je suis certainement lâche. Si je ne l’étais pas ce ne serait pas arrivé. Sa mère lui apporte toujours quelque chose, des gâteaux, des bonbons, du moins quand elle a l’accord du médecin. Son père apporte de la musique, parfois lui fait la lecture. Pour eux c’est une épreuve d’autant plus difficile que c’est leur unique fille, leur unique enfant. Bien souvent ils me regardent longuement, les larmes aux yeux, mais je fais comme si je ne voyais rien. Je les ignore. Les jours de soleil, on essaie de l’emmener faire une promenade dans le parc de l’hôpital. C’est un magnifique parc fleuri. Avant on essayait de la faire marcher mais elle se laissait toujours tomber, alors on la fait s’asseoir dans un fauteuil roulant. Elle ne parle pas, jamais. Sa tête est penchée sur le côté gauche, ses yeux grands ouverts, mais son âme semble éteinte. Au bout d’une heure, on la ramène dans sa chambre. On l’installe sur son lit, et là à nouveau elle appartient au décor, figée dans le temps. Elle est une statue, presque un chef d’œuvre, une Vénus de mille lieux, les jambes en long, le dos mal appuyé contre les oreillers redressés, les mains sont posées sur les cuisses, les paumes vers le haut, les cheveux sont gras et très longs, le cou semble tendu, la tête semble tombée, les yeux sont immergés ; on ne sait de quelles images fuyantes. Elle porte un pyjama à rayures verticales, tout en elle semble être le prolongement de cet état de vie mourante. Le seul mouvement de son corps est celui que produit son cœur à chacun de ses battements contre sa peau. Respirer, c’est inné. Vivre, ça s’apprend. Elle ne dort pas, non, jamais. Les infirmières doivent lui faire avaler un somnifère le soir. Au début, à son arrivée, elle est restée dans la même position pendant une semaine, les infirmières ont alors alerté le médecin. «  Le corps plein de vie mais l’âme mourante » a-t-il déclaré. Elle ne rêve pas non plus. Pas un songe, rien. Juste l’infini.

Aujourd’hui c’est son anniversaire, elle fête ses vingt-huit ans. Oui, dix ans qu’elle est comme ça. Comme toujours, ses parents sont présents, avec des cadeaux qui iront pourrir dans un placard avec tous les autres. Quelques infirmières sont présentes, le médecin est là aussi. Sa mère tient dans ses mains le fameux gâteau de famille qui a toujours était fait pour les anniversaires, recouvert d’une crème moka. Son gâteau préféré. On compte bien vingt-huit bougies, il est inscrit sur le gâteau : « Bon anniversaire Lili ».  Le père allume les bougies, et la mère s’approche soudainement de moi et dit : « Allez, fais un vœu ma chérie et souffle bien fort ».         

 

Priscilla



24/06/2010
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