Les Mots chantant

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Les Amies de Marseille, Partie 3 A travers les temps, du recueil Extraits de vies

Le 18 août 2014- le 10 octobre 2014

 

Les Amies de Marseille

 

Je m'en souviens bien. C'était l'été. Elle était venue me chercher chez moi en voiture. Elle habitait à Marseille dans le XVème, chez ses parents. Ils avaient une petite maison avec un jardin. Et quand on entrait chez eux on sentait l'amour de cette famille, comme un doux parfum de cuisine, qui caresse nos narines et nous plonge dans de tendres souvenirs d'enfance. J'étais leur invitée. Ce jour-là, un petit vent froid soufflait. On a pris l'autoroute, on discutait sur le chemin. Il y avait du monde, la fin d'un grand-week-end. Elle a prit la sortie les Aygalades. Je ne sais pas, non je ne sais pas comment expliquer le sentiment qui m'envahit chaque fois que je vais à Marseille. Je suis chez moi. Nulle part ailleurs que dans cette ville, je suis chez moi. Non, ce n'est peut-être pas la plus belle ville du monde, mais pour moi elle est belle, chargée de son histoire parfois douloureuse, chargée des histoires de ses habitants. Les rues ont ce parfum de souvenirs tristes qui me réconfortent, les habitants me renvoient toutes les images sur lesquelles je me suis construite. J'ai l'impression d'être un roi qui retrouve son royaume. Je suis une minuscule pièce d'un engin, une pièce qui ne tient pas bien mais qui ne tombe pas, qui ne se détache pas. Je regarde par la fenêtre pendant qu'elle me parle. Je suis ce jeune qui marche en survêt sur le trottoir et qui regarde son téléphone, je suis cette femme qui fait entrer ses enfants dans sa voiture, je suis cet enfant qui entre dans une boulangerie. Je suis cette voiture mal stationnée, en warning, je suis ce feu rouge pas toujours respecté, je suis ces bâtiments ternes et monotones. Enfin, je suis cette femme assise dans une voiture côté passager, accompagnée de son amie, une amie très chère à mon cœur. Et nous sommes chez nous.

En rédigeant ce texte, je cherchais un moyen d'écrire un éloge à notre amitié. Ces mots que j'écris, Kahina les connaît. La vie m'a appris ; je ne ferai plus cette erreur : celle de laisser filer le temps sans rien dire. Elle est la sœur que je n'ai jamais eu. Celle à qui je dis tout, celle qui me comprend, même dans ma maladie. Et j'espère lui donner l'amitié qu'elle mérite. J'espère être pour elle le rocher sur lequel elle se repose, le radeau auquel elle se raccroche en pleine tempête. La vie ne m'a pas offert grand chose, alors pour le coup je suis chanceuse. Je n'ai pas connu l'amour, mes amours étaient vaines, riches d'erreurs à ne plus reproduire, mais vides de bonheur. Alors je suis chanceuse de connaître l'amitié. Kahina est la preuve que l'amitié existe, qu'il y a encore de bonnes personnes dans ce monde et dans ce monde, elle me donne l'espoir et la force d'avancer.

Une fois que nous sommes arrivées, j'ai fait la connaissance du chien de la famille, le petit dernier. Je me suis fait jetée par la mère de Kahina : « ah faut que je t'envoie un fax pour que tu viennes ! ». Dit avec cet accent que j'aime tant, cela me fait sourire. Cet accent que je ne veux pas perdre et qui m'échappe pourtant. Est-ce que j'écris avec mon accent ? Souvent, je me suis posée cette question. Je n'en sais rien, quand on a un accent on ne l'entend pas, on entend les accents des autres. Et quand je lis mes écrits, je n'entends pas d'accent. S'il devait bien y en avoir un, je le voudrais de Marseille, et s'il devait y avoir un accent marseillais, à ceux et celles qui me lisent et qui l'entendent : n'excusez pas mon accent marseillais, car c'est avec que je suis née.

On s'est installée, on a pris l'apéro, et chacune son tour, on a vidé notre sac : le travail, les connaissances, les hommes biens que l'on ne rencontrent pas. Puis on a mangé, comme à chaque fois, la cuisine de Madame K. était très bonne et abondante. Cette soirée, n'était pas plus spéciale que toutes les autres, elles le sont toutes car elles comptent toutes. C'est ainsi que nous avons construit notre amitié, des journées, des soirées, à parler, à rire, à s'écouter, à se comprendre. On a ri, on a parlé de films et de séries. De la fac, c'est là qu'on s'est connu alors le sujet revient souvent.

Je m'en souviens bien. C'était l'automne. Elle attendait devant la salle de cours de portugais que le professeur arrive. Les cours avaient lieu à l'Espace Yves Mathieu, à Marseille. Un bâtiment au fin fond du campus de l'Université de Saint-Charles, l'ancienne bibliothèque municipale. Quand on arrivait là bas, on était pris d'une angoisse, bien connue des étudiants bienveillants, bien connue de Kahina. Je reprenais mes études deux ans après mon bac, elle venait de le passer. Ce jour-là, un petit vent froid soufflait. Je me suis approchée d'elle et j'ai dit : « t'es en Lettres Modernes toi aussi ? ».

 

Priscilla

 



26/10/2014
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